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Dimanche 22 janvier 2006
N+1 

Personne en charge de gérer n individus et n puissance 10 emmerdements, en contrepartie d'une rémunération supérieure à celle des individus de "niveau n".

Dans les faits, le n+1 s'habitue très vite à la rémunération et très peu aux emmerdements, ce qui est dans la nature humaine.

Il y a quelques phrases ou expressions que le n+1 ne supporte pas et qui peuvent parfois l'amener à péter les plombs intérieurement. Par exemple:

"J'ai un problème" - cinq autres personnes l'ont déjà prononcée avant vous et douze s'apprêtent à le faire, dont trois avec la voix tremblotante.

 
"Qu'est-ce qu'on fait ?" - Celle-ci énerve particulièrement quand le N+1 ne sait' justement pas quoi faire.  Pire, il avait envie de vous poser la question, mais l'avez devancé. S'il est bon, mais il ne peut pas le faire tout le temps, il vous répondra: "Et si je vous retourne la question". Le grand silence qui devrait logiquement suivre lui aura donné un répit et l'opportunité de passer à un autre sujet.

"Chef ?...." - La plus courte, mais la plus énervante, se faire qualifier de sous officier en public. Couplée avec les deux phrases précédentes, les résultats peuvent s'avérer détonants.
  
Comment diable le n+1 se contient-il alors qu'il est accablé d'emmerdements ?

- Il tient généralement à son poste, et n'a pas envie de revenir au "niveau n" car c'est bas de gamme.

- Il a négocié une Volkswagen Passat TDI 130 CV et revendu le Citroën Picasso Diesel 90CV au moment de sa promotion. Pire il s'y est habitué.

- Il a trouvé une maitresse qui aime en lui son coté meneur d'hommes et le lui démontre plusieurs fois par semaine au Première Classe de Gennevilliers.

- Il a mis 10 ans avant d'obtenir un cagibi aménagé en bureau mais avec une porte et tout et tout et n'a pas absolument aucune nostalgie de l'open-space dans lequel s'entretuent les "n".

- Il se dit qu'avec un peu de chance une bonne partie des problèmes finira bien par se régler toute seule, et son pari est souvent gagnant car il est entouré de "n" globalement compétents.

- Enfin, et contrairement à son équipe, il est plus préoccupé par sa carrière que par la pérennité de la Société qu'il se représente comme un trampoline social. Et grâce à cela, il peut dormir d'un sommeil réparateur.

Le n+1, ça saute aux yeux, est donc quelqu'un qui a tout d'un n mais un 1 en plus.

 
Illustration: un N+1 à votre écoute



par Celec publié dans : Abécédaire
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Vendredi 13 janvier 2006
Management 
 
Le théorème de Dilbert constitue une bonne base de départ pour définir le management : « Les employés les plus incompétents sont systématiquement promus aux postes où ils se révèlent le moins dangereux : l'encadrement. »
 
L’encadrement, ça n’aura échappé à personne, c’est le management. Mais attention toutefois à ne pas tirer non plus sur l’ambulance. On ne s’improvise pas manager et il n’est pas facile de parler de tout en ne connaissant rien, c’est un métier à part entière.  De plus, cette fonction est nécessaire dans l’entreprise : le manager exige le meilleur de son équipe, il mobilise les troupes. Ce sergent chef du privé joue aussi parfois le rôle essentiel de fusible : il est toujours dans le jus et il lui arrive de péter les plombs. Il est souvent court-circuité et doit faire face à la re-volt de ces équipes, au risque de se faire allumer. Il aura beau prétexter n’être pas au courant, subir une ambiance électrique depuis des mois, c’est lui qui prendra la décharge en cas de black-out.

Tout ça pour dire que le manager est certes mieux payé que ses troupes, mais qu’il le paye un jour où l’autre. Cette fonction inconfortable mais nécessaire est donc réservée à ceux et à celles (dans  l’ordre de représentation) qui souhaitent vivre des émotions fortes et faire de leur quotidien professionnel une recherche perpétuelle des ennuis en vue de les surmonter artificiellement dans l’angle de vision de la Direction Générale.

Doit-on pour autant plaindre le manager ?

Non, bien sûr. Ce sado-maso de l’entreprise s’en sort toujours, parfois de façon stupéfiante voire surnaturelle. Qui n’a pas connu un manager étant allé bille en tête jusqu’au bout des ses compétences pour finalement être promu malgré une incroyable succession d’échecs ? le manager sait rebondir, même s’il ne maîtrise pas toujours ni la direction, ni les dégâts de ses rebonds. 

Mais alors à quoi reconnaît-on un bon manager ? C’est simple : c’est celui qui sait se faire oublier quand il est question d’entrer dans les détails et qui est le seul à pouvoir synthétiser une situation après l’avoir rendu étonnamment complexe.

Je manage, tu manages, il manage, nous travaillons, vous managez, ils managent. A suivre !
 

Illustration: 3 Managers terminent  un coaching "Apprendre à sourire"

par Celec publié dans : Abécédaire
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Lundi 9 janvier 2006

Licenciement
 
Sacrifice rituel d'un package de collaborateurs dans la perspective de rassurer un bouquet d'actionnaires inquiets. Choix qui s'impose à toute Direction Générale un jour ou l'autre, et à tout salarié un jour ou l'autre aussi. Plutôt l'autre s'il vous plait.

 

Les conséquences les plus graves ne sont étonnamment pas pour les heureux élus qui partent se ressourcer quelque temps bien malgré eux. Mais pour leurs collègues, qui restent et qui vont se voir confier une nouvelle mission de productivité: remplacer temporairement les absents qui ont définitivement tort. 

 
 
L'acte de licenciement peut parfois être un simulacre de tendresse: notamment lorsque le DRH tient à remercier personnellement les collaborateurs pour leur implication et leur souhaite bonne chance dans leurs projets professionnels. Les ex-collaborateurs, qui n'ont pas vraiment de projet professionnel, se demandent si une telle implication était vraiment nécessaire, finalement. En rentrant chez eux, ils allument la télévision et apprennent que l’action de leur entreprise a bondi de 7% depuis l’annonce du « dégraissage ». Ils auraient dû en acheter, tout compte fait.

 

 

L’actionnaire jubile, il a crié « Yes ! » lorsque l’information de la restructuration est tombée et il frôle le décollement rétinien à force de fixer les graphiques du jour. Que du bonheur. Les licenciés les plus vernis passent récupérer un pécule. Les autres leurs indemnités légales. Parfois aussi une accolade franche et sincère, c’est « cadeau ».

 

 

Le Directeur Général touche un bonus pour contribution à la valorisation de l’action de l’entreprise et vérifie, au cas où, que son golden parachute est correctement plié sous sa veste et bien sanglé sur sa chemise. Que ses collaborateurs continuent à croire qu’il porte des bretelles, en attendant ce n’est certainement pas lui qui va se serrer la ceinture ! 

par Celec publié dans : Abécédaire
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Mardi 3 janvier 2006

Keyuser

 

Individu heureux et épanoui qui voit soudainement ses vies professionnelle et personnelle devenir un enfer, consécutivement à son nouveau rôle dans le  projet phare de l’entreprise. En argot, le Keyuser est quelqu’un qui s’apprête à en chier des ronds de chapeaux. Le voici officieusement doté d’un métier supplémentaire sans supplément de salaire. Paré au port de la fameuse double casquette. Pour ceux qui l’ignorent, précisons que la double casquette est un artifice inventé par le Manager pour justifier sa double rémunération et une réalité pour tous ceux qui font son boulot.

 

La vie du Keyuser dans un projet peut-être décomposée en 3 grandes étapes :

 

Phase 1: Le démarrage, ou « Kick Off » C’est le moment où l’on explique à tout le monde le beau projet tout neuf et ou le Keyuser se rend compte qu’il ne va jamais pouvoir continuer à gérer son boulot habituel en plus de ses nouvelles missions. Premières inquiétudes sous le regard du grand patron, pour qui ce projet est une priorité, et de celui de son N+1, qui ne pense rien de bon de tout cela, et qui a du mal à le cacher.

 

Phase 2 : Le patinage. C’est la guérilla. Des consultants partout, deux téléphones qui sonnent sans arrêt et souvent en même temps, l’impression désagréable mais fondée de faire deux choses très mal au lieu d’une seule correctement. Le Grand Patron s’irrite parce qu’on avait dit avril et pas octobre. Le N+1 doit mettre la main à la pâte en l’absence de son collaborateur, c’est absolument anormal et scandaleux. La femme du Keyuser le trompe entre 19h00 et 23h00. Il n’en saura jamais rien et pour cause : il dort sur un lit de camp pendant la phase de tests qui s’éternise.

 

Phase 3 : Le crash. Le projet part en vrilles. Le Grand Patron est excédé, ses narines se gonflent pendant les réunions. Le N+1 est exténué et fait appel à Jean-Marc, un collègue du Keyuser, presque un ami, pour le remplacer temporairement. Les consultants ont foutu le bordel, puis le camp en souhaitant bon courage à l’équipe qui n’en a plus du tout. On finit tant bien que mal et le résultat est très différent de ce qui était prévu au départ. De plus, le budget a doublé et le retard s’élève à 240 jours d’après un consultant à qui il en a fallu 30 pour arriver à ce triste constat.

 

Le Keyuser est fatigué, déprimé et complètement démotivé. Il demande sa réintégration. Mais Jean-Marc s’en est très bien sorti, au point qu’il est prévu qu’il reste. Une solution de reclassement est toute trouvée pour notre Keyuser : il assurera la hotline pendant la période de transition sur le nouveau site de Béthune (ça change de Marseille mais c’est une expérience).

 

Après ? On verra !

par Celec publié dans : Abécédaire
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Mardi 3 janvier 2006

Jargon

 

Langage incompréhensible utilisé par le « middle management » pour parler de sujets qu’il ne maîtrise pas et que personne n’a à connaître dans le détail. Au début réservé à des termes techniques ou à des concepts importés des « states » (prononcer [stai-iiiiiiii-tsssss]), il est aujourd’hui également utilisé pour qualifier des choses simples mais qui doivent absolument avoir l’air compliquées. 

 

Exemple : « Nous sommes en phase d’implémentation de la version 0 du soft dans l’agence pilote ». Traduction : nous installons la première version du logiciel dans notre agence test. Ca parait con, et ça l’est totalement. Mais on n’installe plus de nos jours, on est trop cher payé pour cela. Alors on implémente, signe que l’on apporte de la valeur ajoutée apportée à une action banale. Qui distribue encore en 2006 ? On dispatche ! C’est plus infiniment plus complexe, ça donne l’impression qu’il faut réfléchir pour le faire.

 

Les informaticiens ne font plus partie de l’informatique: ils travaillent pour le département « IT » Information Technologies, ou ils « customisent la partie applicative », c'est-à-dire qu’ils bâtissent des usines à gaz dernier cri. Le marketing ne fait plus de veille concurrentielle, mais du « benchmarking », enfin surtout les stagiaires. 

 

Pourquoi cette évolution ? Parce que le « middle management » s’emmerde ! Plus aucune créativité, tout est défini par la maison mère et les neurones du cadre implosent, au gré des « process », des « guidelines »,  des procédures diffusées sur l’Intranet avec la mention « Mandatory » et signées par l’Actionnaire. Enfin par le patron, quoi.

 

Alors plutôt que d’apprendre le mandarin, qui pourrait avoir les mêmes effets en réunion, le cadre moderne préfère contribuer à élaborer de ce grand dictionnaire de l’entreprise du 3ème millénaire. Peu importe que le contenu soit un vide entouré de rien et bordé par le néant : il s’éclate et ça en jette un max ! Et puis ça occupe. Il faut noter sans arrêt les nouvelles expressions, se les approprier et se forger un style. C’est ainsi que lentement mais sûrement, grâce à son jargon compris par lui seul, son code vestimentaire et ses attitudes, le cadre du futur devient, à l’insu de son plein le gré, le tamagotchi de l’actionnaire. 

 

J’ai bien peur que le jargon ne soit l’une des dernières étapes avant le clonage des ressources vives. N’hésitez pas à réagir, je suis open. 

par Celec publié dans : Abécédaire
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Lundi 2 janvier 2006

Internet

 

Occupation favorite du personnel non cadre entre midi et deux, et du personnel cadre entre 10h00 et 12h00 puis de 17h00 jusqu’à plus d’heure. L’Internet est un fantastique moyen d’évasion du quotidien de l’Entreprise. C’est par ailleurs la seule activité extraprofessionnelle qui donne l’impression que ceux qui la pratiquent sont de gros bosseurs.

 

Un midi, faites ce test: commandez un jambon beurre, rendez-vous sur votre site de pêche à la mouche préféré puis ouvrez en grand la porte de votre bureau. Surfez à volonté, mais pensez à toujours avoir un air concentré. Effet garanti ! Presque de quoi donner un poil de culpabilité au magasinier qui passe par là, fourbu, pour ses ¾ d’heure de pause.

 

Certaines règles sont très utiles pour la pratique du surf dans l’entreprise. Elles nous viennent des consultants qui font figure de pionniers dans ce sport. D’abord s’assurer qu’aucun reflet ne puisse vous trahir. Le coup du jambon beurre marche moins bien si une paire de nichons se reflète dans la fenêtre derrière vous. Restez le dos bien droit et cliquez dans le vide régulièrement pour simuler une activité. Prenez de temps en temps un air agacé et dites « ça ne marche pas ce truc ! » puis tapez votre souris sur le bureau. N’en faites pas trop non plus, vous pourriez attirer inutilement l’attention. Pensez à reprendre une activité professionnelle de temps en temps.

  

Mais que faisaient donc les gens sur le lieu de travail avant la généralisation d’Internet ? Le cabinet Forester Research Inc. répond à la question et rassure ceux à qui il reste un brin de conscience professionnelle : rien de plus ! Ils s’occupaient différemment, c’est tout. Minitel, téléphone, démineur. La tournée des bureaux, également, qui reste très en vogue chez les plus de 55 ans qui s’ennuient.

 

Il ne faut pas dramatiser la situation, tout le monde ne surfe pas tout le temps sur Internet. Et puis des parades techniques existent pour filtrer certains sites, grâce notamment à des mots clés. Si vous êtes un passionné de félins et que votre entreprise utilise l’un de ces outils de filtrage, ne tapez surtout pas des choses du genre « Chatte Angora ». Vous risqueriez de voir un message vous indiquant que l’expression « chatte Angora » renvoie vers un site pornographique Turc et qu’une notification de votre recherche a été envoyée à l’administrateur système.

 

Et oui ! Le progrès a ses limites que notre soif de connaissances dépasse parfois… 

par Celec publié dans : Abécédaire
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Dimanche 1 janvier 2006

Harcèlement

 

Consiste à obtenir quelque chose que l’on souhaite très fort de quelqu’un pour qui vos souhaits représentent une source de tracas intarissable. Implique de se trouver hiérarchiquement au dessus de celui à qui on va demander la chose en question.

 

Avant le harcèlement, il peut y avoir un dialogue, un échange et parfois même un petit débat d’idées, à condition qu’il soit très bref. Cette étape facultative est souvent considérée comme une perte de temps par le management.

 

Le pot de pus à trouvé un propriétaire : le collaborateur a accepté la mission que vous lui avez confié.

Mais pour des raisons inconnues, il reste copieusement improductif. Il « pédale dans la semoule » et a une fâcheuse tendance à vous éviter dans les couloirs.  Il a maigri et pris un sacré coup de vieux. Vous n’avez pas le temps de le remplacer au pied levé alors vous décidez de baisser le pied et de taper du poing sur la table. Il est grand temps de le harceler. Pour ce faire, plusieurs étapes sont préconisées :

 

Commencez par un point hebdomadaire d’avancement à 19h00 le vendredi soir. Annulez à 19h30 puis reportez au lundi matin 8h00. Commencez le point en question à 9h15, dès votre arrivée.

  

Lors des premières réunions, faites naître la peur.

« Vous n’êtes pas sans savoir que le grand patron à Cologne commence à s’impatienter. Je lui ai dit que vous vous étiez engagé à solutionner le problème sans délais. »

 

Minimisez toujours le problème en question.

« J’espère que les coûteuses formations que vous avez suivies il y a 6 mois vous permettront de trouver rapidement une parade à ces quelques petits tracas. »

 

Demandez à votre collaborateur des nouvelles plusieurs fois par jour et arrangez-vous pour vous retrouver assis à coté de lui à la cantine. Prenez un air grave à chaque fois qu’il est question d’une difficulté, d’un retard.

 

Enfin, last but not least comme on dit, mettez la pression plein pot. « Vraisemblablement nous avons un problème que vous n’êtes pas à même régler. Je vais malheureusement devoir faire remonter l’information à la Direction Générale (marquez un silence ici). Je ne peux plus continuer à vous couvrir. Je vous laisse une semaine ».

 

A ce stade, deux événements sont susceptibles de se produire. La remise en main propre d’une démission (ça ne se refuse pas), ou la fourniture inopinée des premiers résultats probants. Si rien ne se produit, prenez sur vous, et  aidez votre collaborateur a en finir avec ses problèmes, au motif d’une insuffisance professionnelle. Ce petit coup de pouce le soulagera jusqu’au jugement des prud’hommes. Lequel lui donnera un peu d’air quelques semaines avant la prononciation du divorce au motif d’insuffisance personnelle.

 

Le harcèlement, donc, est un soulagement pour tout le monde à la fin.

 

par Celec publié dans : Abécédaire
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Humeur du moment

"C'est comme la fin du siècle, on aura tout compris, même les shérifs, ceux qu'on achète, on les distingue mal des bandits, on a tout eu, ce fut un siècle formidable, quelques malentendus seulement, des histoires...des histoires..." Noir Désir 1996

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