Gestion de la Relation Client
Consiste à imaginer un logiciel permettant de renseigner puis de partager toute l’information relative au client dans l’entreprise. Ce type de projet a la particularité, voire le handicap, de nécessiter une interaction entre l’Informatique et le Commercial. L’estimation du retour sur investissements est un véritable conte de fées. Les initiateurs du projet expliquent (à défaut de pouvoir démontrer) : « on va garder nos clients, ça n’a pas de prix ! » – ou encore : « Nos commerciaux seront interchangeables : le savoir de l’entreprise ne partira pas avec eux ! ». Souvent, les patrons ont envie d’y croire et cèdent aux sirènes des présentations Powerpoint animées qui clament l’évidence : pourquoi ne gère-t-on pas déjà la relation client ? (Appelez moi le con qui ne m’en a jamais parlé !).
Il faut ensuite passer plusieurs semaines en « mode projet », subir les affres d’interminables réunions où le « syndrome du bouton » côtoie la réalité du « bug ». « Ce serait bien que lorsque l’on appuie sur un bouton, ça ouvre un écran avec la photo du client et juste dessous les statistiques de ventes, les comptes rendus de visites, les préférences sexuelles du contact, etc., etc. » Et les représentants de l’informatique de noter consciencieusement, brûlant d’impatience à l’idée de bâtir cette belle usine à gaz. Certains s’enflamment : « Ils nous faut des consultants ! »
Les premiers tests ouvrent généralement le bal des désillusions et des non-dits: les informaticiens sont des cons qui n’ont rien compris à ce qu’on leur a répété en réunion, c’est pas faute d’en avoir fait, merde alors ! Les commerciaux sont des abrutis, qui demandent des choses tellement compliquées qu’ils ne savent pas les utiliser.
Le chef de projet est triste et épuisé, on en prend un nouveau qui ne connaît rien au métier, il aura peut-être du recul. Les premiers boutons magiques demandés par le management commercial fleurissent. Mais il ne se passe rien quand on appuie dessus, car l’outil n’est pas « alimenté ». Les commerciaux qui font partie du projet comprennent à cet instant que c’est à eux que va revenir la lourde tâche « d’alimenter la bête ». Ils dépriment, s’impliquent moins, en parlent aux collègues. Lesquels s’agitent et menacent de faire la grève. Le management va les fliquer, ils ne vont plus vendre mais passer des journées entières à remplir des trucs pour les patrons. Lesquels s’affolent et convoquent « illico » les membres de l’équipe projet. Lesquels fondent en larmes en faisant état des retards et des difficultés rencontrés.
On décide de mettre en stand-by. Les commerciaux de l’équipe projet retournent au contact du client, qui est très énervé qu’on l’ait laissé tomber pendant plusieurs semaines. On réalise que la gestion de la relation Client se fait aussi sur le terrain, tout le monde est rassuré : on en faisait sans le savoir !
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