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Samedi 11 mars 2006

Réunion

Alternative réelle au travail dont le succès ne se dément pas. Notamment dans les grandes entreprises ou le phénomène est devenu une véritable institution. Un temps mort, pas envie de se plonger dans ce gros dossier en retard...foncez en réunion ! Il y a sûrement un sujet qui vous concerne de loin mais que vous pourriez bien approcher de près. Juste pour voir. Tant que vous y êtes, laissez le gros dossier à un collaborateur surchargé, vous n'avez que deux mains et une seule tête, comme on dit.

 
 

Une réunion qui se respecte est sensée se préparer, d'où l'intérêt d'en organiser un minimum et de se greffer sur celles qui sont préparées par les autres. Sachant que la préparation initiale tient les dix premières minutes avant d'être contrariée puis totalement gommée par les participants les plus incompétents.

 
 

La règle d'or d'une réunion est d'écouter attentivement et de chercher le plus tôt possible la petite phrase qui fera mouche, celle qui vous fera remarquer. Inutile d'en dire trop, vous pourriez gâcher la deuxième phase du "meeting" normalement dédiée à la sieste les yeux ouverts. Rappelons que cette technique nous vient des consultants qui arrivent ainsi à dormir en moyenne deux heures par jour aux frais de la princesse.

 
 

Seule angoisse, vous avez choisi la mauvaise réunion, celle où l'on travaille et vous êtes sollicité en tant qu'expert sur un sujet que vous êtes sensé maîtriser. Deux solutions. La première, faites sonner votre téléphone portable vous même (préparez toujours la manip avant chaque réunion) et absentez-vous pour solliciter l'avis d'un collaborateur compétent sous vos ordres. Deuxième solution, répondez en restant évasif et en indiquant avec un air grave que la situation est mouvante, que vous préférez attendre d'être fixé plutôt que de donner des informations non validées.

 
 

Lors du tour de table qui se produit parfois, indiquez que la réunion a été productive et que vous avez reçu les réponses que vous attendiez. Prétextez immédiatement un autre meeting pour éviter d'être chargé de la rédaction du compte rendu. Puis saluez les participants et quittez la salle avec votre énorme pochette remplie de documents dont certains ont des années. Cela ne manquera pas de produire l'effet escompté d'un manager surchargé mais qui fait face. Si le timing est bon, ce devrait être l'heure de déjeuner. Sinon, lisez les quelques mails reçus en votre absence et reroutez les vers votre collaborateur surchargé avec la mention "Pour action" .

 

Bon appétit !

 

Illustration: un moment de détente et de convialité

par Celec publié dans : Abécédaire
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Jeudi 9 février 2006
Qualité

Formalisation hasardeuse de cette vue de l'esprit qu'est l'organisation en entreprise. Solution de reclassement pour le personnel aux compétences dites "inadaptées". La Qualité est très différente de la sophrologie en ce sens qu'elle génère de la douleur au fur et à mesure qu'on la maîtrise.

Le processus Qualité vise à formaliser des actions instinctives et innées afin de  reproduire à l'infini et à l'identique le fonctionnement de l'entreprise à l'instant T.  Cette démarche de compréhension du "comment ça marche" tue dans l'oeuf toute réflexion relative au "comment faudrait-il que ça marche", mais possède néanmoins un avantage de taille: la certification.

La certification est un moment de grande émotion qui consacre le Directeur Qualité. Soit il est viré parce que l'entreprise n'obtient pas la certification pour laquelle elle a engagé des sommes importantes et mobilisé  l'ensemble de son personnel aux compétences "inadaptées". Soit il est viré car l'entreprise a obtenu la certification et que l'on a plus besoin d'un Directeur Qualité pour de simples mises à jour de procédures. Procédures qu'il a mis deux ans et demi à remettre laborieusement en forme à partir des modèles obtenus lors de sa précédente mission chez le concurrent.

Une fois certifiée, l'entreprise possède la garantie qu'elle fait bien ce qu'elle pensait faire. Elle n'hésite pas à le faire savoir à ses clients en apposant le logo très prisé sur l'ensemble de ses documents commerciaux.

La force de vente se repose car elle  a été auditée à maintes reprises. C'est une population dont il est particulièrement difficile de décrypter le fonctionnement à jeun.
L'informatique est passé au travers des mailles du filet grâce à 259 présentations powerpoint défiant l'intelligence humaine et à fortiori celle des personnes chargées de délivrer la certification.

La Direction Générale est satisfaite de pouvoir enfin prouver que l'entreprise est structurée et que tout est sous contrôle. C'est écrit noir sur blanc, elle est ISO. L'ensemble du personnel trouve les procédures ISOtériques et continue à travailler comme en 40, dans la joie, l'improvisation, le bordel et la bonne humeur.
 
Illustration: Pas de panique, situez-vous sur le process.

par Celec publié dans : Abécédaire
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Jeudi 9 février 2006
Portable

Bienvenue dans le  monde merveilleux de la génération portable. Ordinateur portable, téléphone portable. Portons, portons. Travailler n’importe où, travailler n’importe quand : on ne peut décemment pas dire que l’entreprise n’essaie pas de nous faciliter la vie. Enfin, de nous faciliter le travail, c’est pareil.

 
C’est ainsi que, bon gré mal gré, les emmerdements deviennent eux aussi portables. On ne laisse plus ses soucis sur le lieu de travail : on les solutionne en soirée, en week-end, en RTT, en les envoyant aux collègues. C’est merveilleux la technologie. Grâce à elle, l’homme peut atteindre le Saint Graal de l’actionnaire : l’extrême limite de sa productivité. Certains scientifiques murmurent qu’elle pourrait se trouver bien au delà du sommeil, à condition toutefois de ne dormir que d’un œil et de rester connecté avec l’autre. Ca fait rêver, non ?

 
Hélas, loin de d’être reconnaissants, les cadres modernes avouent traverser une crise d’identité et s’identifieraient de moins en moins à leur entreprise. Pire, seuls 30% d’entre eux affirment se sentir impliqués. Dans ces conditions, la technologie portable se heurte à la volonté humaine qui met en péril les fabuleux enjeux de « l’homme connecté ».

 
Alors baroud d’honneur avant le clonage final, ou mouvement d’humeur avant une prise de conscience générale  ? L’avenir nous le dira. Dans le doute la science avance et continue de rendre portable tout ce que nous pouvons porter. Et de connecter tout ce qui peut l’être. Le temps réel devient réel, avec son cortège de bonheurs. Tout peut se produire en même temps et cela arrive parfois. Vous pouvez ainsi être en réunion, répondre à vos emails, recevoir des appels clients sur votre téléphone portable et converser avec votre femme par messagerie instantanée. Ce n’est pas un problème : ce sont
des problèmes.

 

Les plus doués répondent à presque tout ce qu’ils reçoivent mais ne produisent plus rien. Les plus réticents répondent de leur mieux mais en oublient de faire une partie de ce pour quoi ils sont payés. Les managers, statistiquement les plus connectés, emmerdent les deux catégories précédentes et se déconnectent du business. Le haut débit devrait accélérer le mouvement et on se demande bien si les plus branchés ne vont pas disjoncter. A suivre…

 
Illustration: un week-end à la campagne en 2025.

par Celec publié dans : Abécédaire
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Lundi 23 janvier 2006

Organisation

  
Pas une définition, mais plusieurs, livrées pêle mêle pour dégrossir ce sujet central dans l’entreprise :


- Valeur tellement inaccessible qu’elle en devient quasi divine, sorte de vœu pieu des Directions Générales, amen.
 

- Avantage concurrentiel abracadabrantesque qui permettra au premier qui aura pigé le truc de manger les autres tous crus, si la légende urbaine dit vrai.

 

- Mot inventé par les sociétés de consulting pour facturer très cher des prestations aux résultats improbables mais non vérifiables, donc excellents.

 
Un thème complexe à cerner, vous l’aurez compris chers lecteurs. Thème sur lequel on travaille lorsque les affaires vont très bien ou très mal. Ce qui est révélateur de l’importance accordée à l’organisation : vertu capable de vous amener à toucher la perfection du bout du doigt, ou bien roue de secours dont on s’émeut qu’elle ne soit pas dans le coffre et que l’on réinvente, à corps et à crics.

 

Mais comme dirait l’autre, que j’admire pour son à-propos, « si ça existait, ça se saurait ». Bien sûr !

 

- On trouverait dans la minute le document demandé par le grand patron pour sa réunion qui est sur le point de débuter.

- On ferait les photocopies de l’important meeting, la veille de l’important meeting, pas quinze minutes avant le grand meeting, pile au moment où le photocopieur annonce son départ en retraite.

- On ne demanderait pas à ceux qui sont en panne de PC de signaler leur problème sur le formulaire disponible sur l’Intranet, ni à celles qui n’ont plus de messagerie électronique d’envoyer un mail à la hotline externalisée en Inde.

- On aurait des marqueurs pour tableaux blancs qui ne seraient pas tout secs. Et qui du coup ne feraient pas un drôle de bruit quand un manager, souhaitant partager sa « vision » obtenue à grand renfort de Xanax,  appuie dessus comme une mule.

- On n’aurait d’ailleurs peut-être pas autant de managers

 

Positivons. Si tout le monde était organisé ce serait chiant, on serait tous pareils. Si seuls quelques-uns étaient organisés, ce serait injuste, on ne serait pas égaux. C’est bien mieux et plus juste que ce soit le bordel partout, finalement !
 

Illustration: Des dossiers accessibles

par Celec publié dans : Abécédaire
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Dimanche 22 janvier 2006
N+1 

Personne en charge de gérer n individus et n puissance 10 emmerdements, en contrepartie d'une rémunération supérieure à celle des individus de "niveau n".

Dans les faits, le n+1 s'habitue très vite à la rémunération et très peu aux emmerdements, ce qui est dans la nature humaine.

Il y a quelques phrases ou expressions que le n+1 ne supporte pas et qui peuvent parfois l'amener à péter les plombs intérieurement. Par exemple:

"J'ai un problème" - cinq autres personnes l'ont déjà prononcée avant vous et douze s'apprêtent à le faire, dont trois avec la voix tremblotante.

 
"Qu'est-ce qu'on fait ?" - Celle-ci énerve particulièrement quand le N+1 ne sait' justement pas quoi faire.  Pire, il avait envie de vous poser la question, mais l'avez devancé. S'il est bon, mais il ne peut pas le faire tout le temps, il vous répondra: "Et si je vous retourne la question". Le grand silence qui devrait logiquement suivre lui aura donné un répit et l'opportunité de passer à un autre sujet.

"Chef ?...." - La plus courte, mais la plus énervante, se faire qualifier de sous officier en public. Couplée avec les deux phrases précédentes, les résultats peuvent s'avérer détonants.
  
Comment diable le n+1 se contient-il alors qu'il est accablé d'emmerdements ?

- Il tient généralement à son poste, et n'a pas envie de revenir au "niveau n" car c'est bas de gamme.

- Il a négocié une Volkswagen Passat TDI 130 CV et revendu le Citroën Picasso Diesel 90CV au moment de sa promotion. Pire il s'y est habitué.

- Il a trouvé une maitresse qui aime en lui son coté meneur d'hommes et le lui démontre plusieurs fois par semaine au Première Classe de Gennevilliers.

- Il a mis 10 ans avant d'obtenir un cagibi aménagé en bureau mais avec une porte et tout et tout et n'a pas absolument aucune nostalgie de l'open-space dans lequel s'entretuent les "n".

- Il se dit qu'avec un peu de chance une bonne partie des problèmes finira bien par se régler toute seule, et son pari est souvent gagnant car il est entouré de "n" globalement compétents.

- Enfin, et contrairement à son équipe, il est plus préoccupé par sa carrière que par la pérennité de la Société qu'il se représente comme un trampoline social. Et grâce à cela, il peut dormir d'un sommeil réparateur.

Le n+1, ça saute aux yeux, est donc quelqu'un qui a tout d'un n mais un 1 en plus.

 
Illustration: un N+1 à votre écoute



par Celec publié dans : Abécédaire
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Vendredi 13 janvier 2006
Management 
 
Le théorème de Dilbert constitue une bonne base de départ pour définir le management : « Les employés les plus incompétents sont systématiquement promus aux postes où ils se révèlent le moins dangereux : l'encadrement. »
 
L’encadrement, ça n’aura échappé à personne, c’est le management. Mais attention toutefois à ne pas tirer non plus sur l’ambulance. On ne s’improvise pas manager et il n’est pas facile de parler de tout en ne connaissant rien, c’est un métier à part entière.  De plus, cette fonction est nécessaire dans l’entreprise : le manager exige le meilleur de son équipe, il mobilise les troupes. Ce sergent chef du privé joue aussi parfois le rôle essentiel de fusible : il est toujours dans le jus et il lui arrive de péter les plombs. Il est souvent court-circuité et doit faire face à la re-volt de ces équipes, au risque de se faire allumer. Il aura beau prétexter n’être pas au courant, subir une ambiance électrique depuis des mois, c’est lui qui prendra la décharge en cas de black-out.

Tout ça pour dire que le manager est certes mieux payé que ses troupes, mais qu’il le paye un jour où l’autre. Cette fonction inconfortable mais nécessaire est donc réservée à ceux et à celles (dans  l’ordre de représentation) qui souhaitent vivre des émotions fortes et faire de leur quotidien professionnel une recherche perpétuelle des ennuis en vue de les surmonter artificiellement dans l’angle de vision de la Direction Générale.

Doit-on pour autant plaindre le manager ?

Non, bien sûr. Ce sado-maso de l’entreprise s’en sort toujours, parfois de façon stupéfiante voire surnaturelle. Qui n’a pas connu un manager étant allé bille en tête jusqu’au bout des ses compétences pour finalement être promu malgré une incroyable succession d’échecs ? le manager sait rebondir, même s’il ne maîtrise pas toujours ni la direction, ni les dégâts de ses rebonds. 

Mais alors à quoi reconnaît-on un bon manager ? C’est simple : c’est celui qui sait se faire oublier quand il est question d’entrer dans les détails et qui est le seul à pouvoir synthétiser une situation après l’avoir rendu étonnamment complexe.

Je manage, tu manages, il manage, nous travaillons, vous managez, ils managent. A suivre !
 

Illustration: 3 Managers terminent  un coaching "Apprendre à sourire"

par Celec publié dans : Abécédaire
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Lundi 9 janvier 2006

Licenciement
 
Sacrifice rituel d'un package de collaborateurs dans la perspective de rassurer un bouquet d'actionnaires inquiets. Choix qui s'impose à toute Direction Générale un jour ou l'autre, et à tout salarié un jour ou l'autre aussi. Plutôt l'autre s'il vous plait.

 

Les conséquences les plus graves ne sont étonnamment pas pour les heureux élus qui partent se ressourcer quelque temps bien malgré eux. Mais pour leurs collègues, qui restent et qui vont se voir confier une nouvelle mission de productivité: remplacer temporairement les absents qui ont définitivement tort. 

 
 
L'acte de licenciement peut parfois être un simulacre de tendresse: notamment lorsque le DRH tient à remercier personnellement les collaborateurs pour leur implication et leur souhaite bonne chance dans leurs projets professionnels. Les ex-collaborateurs, qui n'ont pas vraiment de projet professionnel, se demandent si une telle implication était vraiment nécessaire, finalement. En rentrant chez eux, ils allument la télévision et apprennent que l’action de leur entreprise a bondi de 7% depuis l’annonce du « dégraissage ». Ils auraient dû en acheter, tout compte fait.

 

 

L’actionnaire jubile, il a crié « Yes ! » lorsque l’information de la restructuration est tombée et il frôle le décollement rétinien à force de fixer les graphiques du jour. Que du bonheur. Les licenciés les plus vernis passent récupérer un pécule. Les autres leurs indemnités légales. Parfois aussi une accolade franche et sincère, c’est « cadeau ».

 

 

Le Directeur Général touche un bonus pour contribution à la valorisation de l’action de l’entreprise et vérifie, au cas où, que son golden parachute est correctement plié sous sa veste et bien sanglé sur sa chemise. Que ses collaborateurs continuent à croire qu’il porte des bretelles, en attendant ce n’est certainement pas lui qui va se serrer la ceinture ! 

par Celec publié dans : Abécédaire
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Humeur du moment

"C'est comme la fin du siècle, on aura tout compris, même les shérifs, ceux qu'on achète, on les distingue mal des bandits, on a tout eu, ce fut un siècle formidable, quelques malentendus seulement, des histoires...des histoires..." Noir Désir 1996

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