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Stagiaire
Denrée rare car gratuite mais néanmoins abondante car études. Le stagiaire est généralement en charge de rattraper les six derniers mois de travail en retard du manager sous les directives duquel il bulle une fois la chose effectuée en une semaine grand maximum.
Le stagiaire ne bénécie pas d'une reconnaissance à la hauteur de ses attentes puisqu'il est généralement et a priori admis qu'il n'a pas d'attentes. Il est celui par qui de grands malheurs pourraient arriver s'il faisait seul des choses que des personnes plus incompétentes que lui accomplissent chaque jour avec leur coeur et leur disponibilité. Parfois, il est aussi celui qui déplace des montagnes sans le savoir, puisque, tectonique des plaques oblige, le miracle se produit immédiatement après son départ, sous l'impulsion et le leadership de son tuteur.
Le tuteur a un rôle important dans la vie brève, frustrante et financièrement austère du stagiaire. Il faut en premier lieu s'assurer qu'il ne manque de rien et surtout pas de travail. Puis que ce travail est correctement fait. Enfin, il est primordial de s'assurer que le niveau d'encre du photocopieur est toujours suffisant pour la duplication des documents du jour, en moyenne l'équivalent de l'ancien testament qui serait imprimé en police arial 20.
Le stagiaire ne chôme pas, enfin pas pendant son stage. Il est là pour apprendre et ça ne loupe pas. Des vocations se déclarent parfois durant cette période de grande famine intelectuelle. L'envie de se lancer dans la poterie, le travail du bois, bref, un univers où le photocopieur soit accessoire et la bêtise politicienne un concept lointain. 98% des stages se concluent par un rapport dont 2% sont lus par les tuteurs. C'est encourageant. et cela témoigne de la nécessité de faire comprendre très tôt au jeune qu'il va en chier très vite et très longtemps. Allez, fait m'en 150 copies, va, c'est ma tournée !
Illustration: l'arme fatale du stagiaire.
Réunion
Alternative réelle au travail dont le succès ne se dément pas. Notamment dans les grandes entreprises ou le phénomène est devenu une véritable institution. Un temps mort, pas envie de se plonger dans ce gros dossier en retard...foncez en réunion ! Il y a sûrement un sujet qui vous concerne de loin mais que vous pourriez bien approcher de près. Juste pour voir. Tant que vous y êtes, laissez le gros dossier à un collaborateur surchargé, vous n'avez que deux mains et une seule tête, comme on dit.
Une réunion qui se respecte est sensée se préparer, d'où l'intérêt d'en organiser un minimum et de se greffer sur celles qui sont préparées par les autres. Sachant que la préparation initiale tient les dix premières minutes avant d'être contrariée puis totalement gommée par les participants les plus incompétents.
La règle d'or d'une réunion est d'écouter attentivement et de chercher le plus tôt possible la petite phrase qui fera mouche, celle qui vous fera remarquer. Inutile d'en dire trop, vous pourriez gâcher la deuxième phase du "meeting" normalement dédiée à la sieste les yeux ouverts. Rappelons que cette technique nous vient des consultants qui arrivent ainsi à dormir en moyenne deux heures par jour aux frais de la princesse.
Seule angoisse, vous avez choisi la mauvaise réunion, celle où l'on travaille et vous êtes sollicité en tant qu'expert sur un sujet que vous êtes sensé maîtriser. Deux solutions. La première, faites sonner votre téléphone portable vous même (préparez toujours la manip avant chaque réunion) et absentez-vous pour solliciter l'avis d'un collaborateur compétent sous vos ordres. Deuxième solution, répondez en restant évasif et en indiquant avec un air grave que la situation est mouvante, que vous préférez attendre d'être fixé plutôt que de donner des informations non validées.
Lors du tour de table qui se produit parfois, indiquez que la réunion a été productive et que vous avez reçu les réponses que vous attendiez. Prétextez immédiatement un autre meeting pour éviter d'être chargé de la rédaction du compte rendu. Puis saluez les participants et quittez la salle avec votre énorme pochette remplie de documents dont certains ont des années. Cela ne manquera pas de produire l'effet escompté d'un manager surchargé mais qui fait face. Si le timing est bon, ce devrait être l'heure de déjeuner. Sinon, lisez les quelques mails reçus en votre absence et reroutez les vers votre collaborateur surchargé avec la mention "Pour action" .
Bon appétit !
Illustration: un moment de détente et de convialité
Bienvenue dans le monde merveilleux de la génération portable. Ordinateur portable, téléphone portable. Portons, portons. Travailler n’importe où, travailler n’importe quand : on ne peut décemment pas dire que l’entreprise n’essaie pas de nous faciliter la vie. Enfin, de nous faciliter le travail, c’est pareil.
C’est ainsi que, bon gré mal gré, les emmerdements deviennent eux aussi portables. On ne laisse plus ses soucis sur le lieu de travail : on les solutionne en soirée, en week-end, en RTT, en les envoyant aux collègues. C’est merveilleux la technologie. Grâce à elle, l’homme peut atteindre le Saint Graal de l’actionnaire : l’extrême limite de sa productivité. Certains scientifiques murmurent qu’elle pourrait se trouver bien au delà du sommeil, à condition toutefois de ne dormir que d’un œil et de rester connecté avec l’autre. Ca fait rêver, non ?
Hélas, loin de d’être reconnaissants, les cadres modernes avouent traverser une crise d’identité et s’identifieraient de moins en moins à leur entreprise. Pire, seuls 30% d’entre eux affirment se sentir impliqués. Dans ces conditions, la technologie portable se heurte à la volonté humaine qui met en péril les fabuleux enjeux de « l’homme connecté ».
Alors baroud d’honneur avant le clonage final, ou mouvement d’humeur avant une prise de conscience générale ? L’avenir nous le dira. Dans le doute la science avance et continue de rendre portable tout ce que nous pouvons porter. Et de connecter tout ce qui peut l’être. Le temps réel devient réel, avec son cortège de bonheurs. Tout peut se produire en même temps et cela arrive parfois. Vous pouvez ainsi être en réunion, répondre à vos emails, recevoir des appels clients sur votre téléphone portable et converser avec votre femme par messagerie instantanée. Ce n’est pas un problème : ce sont des problèmes.
Illustration: un week-end à la campagne en 2025.
Oui, c'est vrai, j'accuse un peu de retard. Des vacances improvisées, rhhhhooooo, il utilise ses RTT, c'est pô bien ;-) Le "P" arrive à grands pas, et j'aime autant vous dire que je ne vais pas faire dans la dentelle. Les temps sont durs, ma plume aussi. Plus j'avance, plus le principe du blog me séduit. Qui sait si cet abécédaire sera mon premier, ou mon dernier ? A très bientôt, donc !
Organisation
- Avantage concurrentiel abracadabrantesque qui permettra au premier qui aura pigé le truc de manger les autres tous crus, si la légende urbaine dit vrai.
- Mot inventé par les sociétés de consulting pour facturer très cher des prestations aux résultats improbables mais non vérifiables, donc excellents.
Un thème complexe à cerner, vous l’aurez compris chers lecteurs. Thème sur lequel on travaille lorsque les affaires vont très bien ou très mal. Ce qui est révélateur de l’importance accordée à l’organisation : vertu capable de vous amener à toucher la perfection du bout du doigt, ou bien roue de secours dont on s’émeut qu’elle ne soit pas dans le coffre et que l’on réinvente, à corps et à crics.
Mais comme dirait l’autre, que j’admire pour son à-propos, « si ça existait, ça se saurait ». Bien sûr !
- On trouverait dans la minute le document demandé par le grand patron pour sa réunion qui est sur le point de débuter.
- On ferait les photocopies de l’important meeting, la veille de l’important meeting, pas quinze minutes avant le grand meeting, pile au moment où le photocopieur annonce son départ en retraite.
- On ne demanderait pas à ceux qui sont en panne de PC de signaler leur problème sur le formulaire disponible sur l’Intranet, ni à celles qui n’ont plus de messagerie électronique d’envoyer un mail à la hotline externalisée en Inde.
- On aurait des marqueurs pour tableaux blancs qui ne seraient pas tout secs. Et qui du coup ne feraient pas un drôle de bruit quand un manager, souhaitant partager sa « vision » obtenue à grand renfort de Xanax, appuie dessus comme une mule.
- On n’aurait d’ailleurs peut-être pas autant de managers
Positivons. Si tout le monde était organisé ce serait chiant, on serait tous pareils. Si seuls quelques-uns étaient organisés, ce serait injuste, on ne serait pas égaux. C’est bien mieux et plus juste que ce soit le bordel partout, finalement !
"C'est comme la fin du siècle, on aura tout compris, même les shérifs, ceux qu'on achète, on les distingue mal des bandits, on a tout eu, ce fut un siècle formidable, quelques malentendus seulement, des histoires...des histoires..." Noir Désir 1996
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