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C’est généralement en fin de repas que l’évènement prend du relief. Les « 10% » s’ennuient à cent sous de l’heure mais plus personne ne prête attention à eux, le car ne va pas tarder, « d’ailleurs il est en retard, quelle galère ».
Les « 30% » trouvent ça bien, finalement. Surtout ceux qui ont un coup dans le nez. Les 60% sont à fond dedans et s’enflamment. A l’instant précis du dessert peut survenir le drame des gens timides, et ils sont nombreux. Le moment où ils ont subitement à la fois envie de mourir et envie de tuer l’assistante du patron. Le moment inhumain où une ravissante jeune femme les invite à une danse du ventre devant TOUS les collègues qui hurlent de joie. Enfin presque tous, car les collègues du car attendent dehors dans le froid ce foutu car qui vient pas « mais qu’est-ce qu’il fout, quelle galère ».
La danse du ventre est une mort lente qui consume les collaborateurs choisis au hasard (tous ceux qui regardent ailleurs en serrant les poings). Les managers s’y prêtent bien volontiers et répètent le sourire qu’ils ont mis au point devant la glace durant des années. Mais pour les autres, les timides, ceux qui n’ont pas vu le coup venir et qui ne sont pas aux toilettes, c’est un moment d’immense solitude où tout semble se dérouler au ralenti. Les applaudissements des collègues, les encouragements, tout flotte comme dans un rêve et la salle est emplie d’échos.
A ceux là, je dédie la lettre F avec tendresse.
"C'est comme la fin du siècle, on aura tout compris, même les shérifs, ceux qu'on achète, on les distingue mal des bandits, on a tout eu, ce fut un siècle formidable, quelques malentendus seulement, des histoires...des histoires..." Noir Désir 1996
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