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Jargon
Langage incompréhensible utilisé par le « middle management » pour parler de sujets qu’il ne maîtrise pas et que personne n’a à connaître dans le détail. Au début réservé à des termes techniques ou à des concepts importés des « states » (prononcer [stai-iiiiiiii-tsssss]), il est aujourd’hui également utilisé pour qualifier des choses simples mais qui doivent absolument avoir l’air compliquées.
Exemple : « Nous sommes en phase d’implémentation de la version 0 du soft dans l’agence pilote ». Traduction : nous installons la première version du logiciel dans notre agence test. Ca parait con, et ça l’est totalement. Mais on n’installe plus de nos jours, on est trop cher payé pour cela. Alors on implémente, signe que l’on apporte de la valeur ajoutée apportée à une action banale. Qui distribue encore en 2006 ? On dispatche ! C’est plus infiniment plus complexe, ça donne l’impression qu’il faut réfléchir pour le faire.
Les informaticiens ne font plus partie de l’informatique: ils travaillent pour le département « IT » Information Technologies, ou ils « customisent la partie applicative », c'est-à-dire qu’ils bâtissent des usines à gaz dernier cri. Le marketing ne fait plus de veille concurrentielle, mais du « benchmarking », enfin surtout les stagiaires.
Pourquoi cette évolution ? Parce que le « middle management » s’emmerde ! Plus aucune créativité, tout est défini par la maison mère et les neurones du cadre implosent, au gré des « process », des « guidelines », des procédures diffusées sur l’Intranet avec la mention « Mandatory » et signées par l’Actionnaire. Enfin par le patron, quoi.
Alors plutôt que d’apprendre le mandarin, qui pourrait avoir les mêmes effets en réunion, le cadre moderne préfère contribuer à élaborer de ce grand dictionnaire de l’entreprise du 3ème millénaire. Peu importe que le contenu soit un vide entouré de rien et bordé par le néant : il s’éclate et ça en jette un max ! Et puis ça occupe. Il faut noter sans arrêt les nouvelles expressions, se les approprier et se forger un style. C’est ainsi que lentement mais sûrement, grâce à son jargon compris par lui seul, son code vestimentaire et ses attitudes, le cadre du futur devient, à l’insu de son plein le gré, le tamagotchi de l’actionnaire.
J’ai bien peur que le jargon ne soit l’une des dernières étapes avant le clonage des ressources vives. N’hésitez pas à réagir, je suis open.
"C'est comme la fin du siècle, on aura tout compris, même les shérifs, ceux qu'on achète, on les distingue mal des bandits, on a tout eu, ce fut un siècle formidable, quelques malentendus seulement, des histoires...des histoires..." Noir Désir 1996
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